Cédric Labrousse
Cédric Labrousse

@CdricLabrousse

17 تغريدة 15 قراءة Jan 10, 2025
Il est désormais un des religieux les plus puissants de Syrie : Abd al-Rahim Attoun.
Syrien, sheikh salafiste, compagnon de route d'HTS de longue date, il a participé à modérer la posture du groupe, entamant les contacts internationaux tout en permettant à HTS d'écraser ses adversaires...
Découvrez un homme clé et influent de la Syrie post-Assad. 1/
Je ne pouvais poursuivre ce chemin avec vous, évoquant et présentant les dynamiques syriennes, sans évoquer cet homme.
Abd al-Rahim Attoun, dit Abu Abdullah al-Shami, est né en Syrie dans une famille conservatrice religieuse. Son oncle, Abdul Halim Attoun, avait déjà suivi des formations religieuses. 2/
C'est en Jordanie et en Turquie qu'Abdul Rahim Attoun (autre orthographe possible) a fait la majeure partie de ses études religieuses. Pas par choix : il a subi plusieurs arrestations de la part du régime syrien dans les années 1990 et 2000.
En Jordanie, il a notamment suivi les cours du sheikh Muhammad al-Albani (illustration), référence salafiste (quiétiste | non violente) au Moyen-Orient. 3/
La date du retour d'Abdul Rahim Attoun en Syrie n'est pas connue et n'a jamais été dévoilée par l'intéressé. Probablement en 2012. Dans tous les cas, de retour en Syrie, il rejoint rapidement le cercle des soutiens au Jabhat al-Nusra, alors branche d'al-Qaïda en Syrie. Il se rapproche d'Abu Muhammad al-Julani (Ahmad al-Sharaa). 4/
En 2014, il devient cadre d'un autre groupe armé salafiste, le Harakat Fajr ash-Sham al-Islamiyyah. Groupe qui finira par intégrer le Jabhat Ansar ad-Din, groupe jihadiste allié du Jabhat al-Nusra puis du JFS.
Particularité : aucune apparition d'Abdul Rahim Attoun physiquement, pas même une photographie. 5/
En 2014, il est aussi impliqué dans la dispute entre Jabhat al-Nusra et l'Etat Islamique. Par audios et communiqués interposés, il affronte la ligne de l'Etat Islamique représentée à l'époque par Abu Muhammad al-Adnani.
Abdul Rahim Attoun entame alors un engagement plus fort aux côtés d'al-Julani. En 2016, une des dernières vidéos du Jabhat al-Nusra dévoile son visage au monde entier. 6/
En 2016, toujours Abd al-Rahim Attoun apparaît officiellement, aux côtés d'Abu Muhammad al-Julani et du sheikh égyptien Abu al-Faraj al-Masri, lors de l'annonce de la rupture d'al-Nusra avec al-Qaïda, chose pour laquelle il semble avoir énormément oeuvré en coulisses.
C'est la fondation d'un nouveau groupe : Jabhat Fatah ash-Sham, qui s'ouvre à des forces salafistes, courant dont est issu Attoun, et non plus uniquement à des jihadistes. 7/
En 2017, Abdul Rahim Attoun est devenu l'un des plus influents conseillers politiques et religieux d'Abu Muhammad al-Julani. Il le pousse à sortir, toujours plus, de la sphère jihadiste de ligne radicale, pour rejoindre une sphère salafiste, certes combattante, capable d'être un acteur acceptable.
C'est tout naturellement qu'Attoun est partie prenante de la naissance Hayat Tahrir ash-Sham, groupe qui s'ouvre encore davantage... 8/
Abdul Rahim Attoun se voit confier, tout naturellement, la plus haute responsabilité au sein d'Hayat Tahrir ash-Sham : diriger le Conseil de la Fatwa du groupe. Devenant alors un chef capable de décisions religieuses comme politiques.
C'est lui qui cautionne la répression des ennemis d'HTS : qu'ils soient jihadistes de ligne radicale ou des groupes syriens proches bien plus modérés qui refusent de se soumettre à HTS... 9/
Entre 2017 et aujourd'hui, Abdul Rahim Attoun s'impose comme défenseur du changement qu'il a lui même opéré été soutenu au sein d'HTS. Un changement rejeté et critiqué par des autorités salafistes jihadistes de ligne très dure.
Attoun combat ainsi les critiques du sheikh al-Uraidi, proche d'al-Qaïda, ou encore Abu Muhammad al-Maqdisi, qu'il dénonce comme vivant déconnecté du réel... 10/
Pendant qu'il croise le fer avec les sheikhs du jihad, Abdul Rahim Attoun déploie une politique de normalisation internationale, avec Asaad al-Shaibani (Zaid al-Attar, désormais ministre des affaires étrangères...), pour HTS. Dès 2020, il reçoit des journalistes du monde entier pour leur montrer le projet de gouvernance islamique mené par HTS. 11/
En 2021, il apparaît pour la première fois "en civil", lors d'un colloque réuni à Idlib à l'instigation du Gouvernement de Salut dirigé alors par Ali Keda, homme très proche d'Ahmad al-Sharaa.
Ce colloque était réuni pour étudier le succès de la victoire des Talibans en Afghanistan. 12/
Par la suite, la situation devient plus complexe. Des manifestations éclatent à Idlib contre la manière autoritaire d'HTS de gouverner la région. Et notamment sur la répression des groupes armés proches de l'ASL.
Dans les manifestants, un leader... : son oncle ! Abdul Halim Attoun. Des portraits d'Abdul Rahim Attoun sont même piétinés dans les rues... 13/
Attoun comprend le message et lance de nouvelles fatwas appelant au dialogue et au calme.
Il va ainsi, pendant encore trois ans, influencer HTS et sa manière de diriger Idlib, tout en recevant, encore, des journalistes et appelant le monde à ne plus designer HTS comme terroriste. 14/
Depuis la victoire de la rébellion le 8 décembre 2024, Abdul Rahim Attoun a gagné une autre ampleur. Conseiller religieux et politique d'Ahmad al-Sharaa, il doit désormais composer avec toutes les sphères religieuses syriennes.
Et notamment soufi. Très puissante et influente dans les mosquées du pays. Et notamment à Damas. 15/
Démontrant de nouveau son ouverture, il a notamment présenté ses condoléances et respects à Osama al-Rifai, autorité religieuse soufi de Damas, revenu récemment d'exil, pour la perte de son frère, un autre sheikh, Sariya al-Rifai...
Attoun a réussi, en près de 15 ans, à sortir un groupe d'une ligne des plus radicales jusqu'à en faire une force pivot dans la politique de l'après-Assad. Quel rôle jouera-t-il ensuite ? 16/
Je n'ai pas évoqué son frère, Muhammad Khair Attoun, militant salafiste, puis cadre d'Ahrar ash-Sham, notamment tué dans un attentat en 2014 qui décapita la direction du groupe. x.com

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