Maestro (Al-Kalam.fr)
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@OrpheeDuNeoulf

34 تغريدة 151 قراءة Aug 12, 2023
#Thread 🧵 : la séparation des eaux douces et des eaux salées — Miracle du Coran ou mirage ?
Dans ce thread, nous allons voir que ce "miracle" est en réalité un plagiat d'un mythe mésopotamien.
📌 Le Coran évoque à plusieurs reprises l'existence de deux mers que Dieu a séparées à l'aide d'une barrière (barzakh).
La première est composée d'eau douce et la seconde, d'eau salée.
📌 On lit par exemple :
« Et c’est Lui qui donne libre cours aux deux mers : l’une douce, rafraichissante, l’autre salée, amère. Et Il assigne entre les deux une barrière et un barrage infranchissable » (25.53).
Mais que signifie exactement ce passage énigmatique ?
1⃣ Miracle ou mirage ?
🧷 Certains disent que le Coran fait allusion aux estuaires, ces zones de transition où un fleuve (eaux douces) se déverse dans la mer ou l’océan (eaux salées).
Du fait de leur densité en sel différente, ces deux eaux ne se mélangent pas instantanément.
🧷 L'eau douce étant plus légère, elle flotte sur l’eau salée, ce qui visuellement peut donner l’impression qu’il existe une sorte de « barrière » entre les deux.
Le terme technique pour désigner cette « barrière » est halocline.
📍 Mais cette "séparation" n'est visible qu'en surface, il s'agit d'un effet purement visuel.
De plus, c'est un phénomène temporaire qui peut être affecté par de nombreux facteurs comme les marées, le vent ou la friction, précise Michael J. Kennish.
🧷 Pour terminer, ce phénomène est loin de s'appliquer à tous les estuaires.
Au contraire, les océanographes distinguent 4 types d'estuaires suivant que les eaux y sont plus ou moins mélangées.
C'est seulement dans les estuaires très stratifiés que les eaux se mélangent peu.
📌 Pour résumer, la soi-disant barrière n'est présente que dans une minorité d'estuaires et seulement de façon illusoire car il y a bel et bien un mélange sous la surface.
En réalité, la barrière dont parle le Coran fait référence à un mythe bien connu dans l'Antiquité...
2⃣ Un mythe sumérien
Comme le souligne Heidi Toelle, l'idée qu'il y aurait dans l'univers une mer d'eau douce et une mer d'eau salée est très ancienne et remonte à la mythologie sumérienne.
📌 Le "Poème de la Création", d'origine babylonienne, raconte l'histoire de l'accouplement entre Tiamat femelle, qui représente l'Eau salée de la future Mer, et son mâle Apsû, l'Eau douce de la future nappe souterraine.
La suite de l'histoire est un peu gore...
📌 Pour créer notre univers, le dieu Marduk tue Tiamat (l'Eau salée) et découpe son corps en deux : la partie supérieure de son corps sert alors à former le ciel.
Marduk installe des gardes pour "empêcher ses eaux de déborder".
C'est la version primitive de la "barrière".
📌 D'après ce mythe fondateur, donc, cohabitent dans l'univers des eaux supérieures (salées), et des eaux inférieures (douces).
Cette conception a été reprise un peu partout au Proche-Orient, mais en inversant la répartition eaux salées/eaux douces.
📌 En gros, pour les Sémites, le ciel renfermerait un océan d'eau douce (d'où sa couleur bleue) qui déverse régulièrement une partie de son eau : la pluie.
De l'autre côté, il y a les eaux inférieures, qui sont salées et qui constituent nos mers terrestres.
📌 Les eaux inférieures et les eaux supérieures étaient vues comme étant séparées par le firmament du ciel, une structure solide créée par Dieu pour empêcher les eaux célestes de nous tomber dessus.
📚 On retrouve cette conception dans la Genèse :
"Dieu dit : Qu’il y ait une étendue entre les eaux, et qu’elle sépare les eaux d’avec les eaux. Et Dieu fit l’étendue, et il sépara les eaux qui sont au-dessous de l’étendue avec les eaux qui sont au-dessus de l’étendue".
📚 De plus, une homélie d'Ephrem de Nisibe évoque déjà, tout comme le Coran après lui, les eaux supérieures, qui sont douces, et les eaux inférieures, salées, ainsi que la barrière qui les sépare.
📚 Un autre auteur syriaque, Rabban Gabriel, parle lui aussi de la séparation des eaux célestes et des eaux terrestres.
📚 Jacques de Saroug, syriaque lui aussi, avait suggéré qu'au moment de séparer les eaux célestes des eaux terrestres, Dieu avait utilisé une balance afin de peser les eaux et de les répartir équitablement entre ciel et terre.
Il écrit dans ses Homélies sur la Création :
📌 Le Coran reprend le mythe de la balance cosmologique dans le verset suivant sur la création du ciel :
« Et quant au ciel, Il l’a élevé, et Il a établi la balance » (55.7).
📌 Cela est confirmé par le verset 55.20 :
« il y a entre elles [les eaux] une barrière qu’elles ne dépassent pas »
Comme le note Neuwirth, ce verset reprend le Psaume 104.8 : « Tu as posé une limite que les eaux ne doivent point franchir ».
📌 J. Decharneux souligne que ce passage a fait l'objet d'une interpolation de la part d'un rédacteur ultérieur, qui n'a pas compris que la "balance" en question était la balance cosmologique.
On en parle dans ce thread :
3⃣ Le confluent des deux mers
On a vu que les deux mers dont parle le Coran sont en réalité les eaux terrestres et célestes, et que la barrière qui les sépare est le firmament.
Mais dans l'Antiquité, on croyait qu'il y avait sur terre un endroit où ces deux mers se rejoignent.
📚 Dans l'Epopée de Gilgamesh, par exemple, on apprend qu’Outanapushtim habite « à l’embouchure des fleuves » (Tablette 11, v.195).
Or, dans la sourate 18, Moise dit à son valet qu'il souhaite atteindre "le confluent des deux mers" (v. 60).
📚 T. Tesei souligne que le "confluent des deux mers" dont parle Moise est justement l'endroit où les océans célestes et terrestres se rencontrent et par où les eaux douces atteignent la terre via un chemin souterrain.
📌 Cela nous est confirmé de façon définitive par un détail intéressant : au verset 18.63, le valet dit à Moise :
« Quand nous avons pris refuge près du rocher, vois-tu, j’ai oublié le poisson ».
On comprend donc que vers le confluent des deux mers, il existe un rocher.
📌 Dans les textes mésopotamiens, il est fait référence à une montagne, qui est située "aux sources des deux fleuves, au milieu des canaux des deux abysses".
Il est donc clair que le Coran fait référence à cette montagne cosmique située à la jonction des deux mers.
📌 Et pour ceux qui se demandent comment on passe des mythes mésopotamiens au Coran, la réponse est toute simple : ces mythes étaient largement connus des juifs et des chrétiens qui les avaient repris à leur compte !
📌 Gabriel S. Reynolds souligne par exemple que le mythe de la montagne cosmique "est particulièrement centrale dans la tradition chrétienne syriaque", et plusieurs auteurs syriaques y font référence.
C'est à partir de ces textes que les auteurs du Coran y ont eu connaissance.
📌 De même concernant la relation entre le Coran et l'épopée de Gilgamesh : personne ne prétend que les auteurs du Coran lisaient les tablettes cunéiformes.
Par contre, l'Epopée avait influencé le "Roman d'Alexandre", une légende d'origine grecque sur Alexandre le Grand.
📌 Or, les historiens reconnaissent que l'histoire de Moise et du valet au confluent des deux mers est justement inspirée du Roman d'Alexandre !
On a donc : Epopée de Gilgamesh ➔ Roman d'Alexandre ➔ Coran.
🔷 Conclusion :
🔸 La non-séparation des eaux est un phénomène marginal et illusoire ;
🔸 Le Coran ne fait pas de miracle ;
🔸 Il s'inspire en revanche d'un certain nombre de mythes et de textes du Proche-Orient.
Sources :
- M. Kennish, "Ecology of Estuaries. Volume 1 : Physical and Chemical Aspects"
- H. Toelle, "Le Coran revisité : le feu, l’eau, l’air et la terre"
- J. Bottéro & S. Kramer, "Lorsque les dieux faisaient l’homme. Mythologie mésopotamienne"
- G. Reynolds, "The Qur’an and the Bible"
- Id., "The Qur’an and Its Biblical Subtext"
- W. F. Albright, "The Mouth of the Rivers"
- T. Tesei, "Some Cosmological Notions from Late Antiquity in Q 18:60–65"
- A. Neuwirth, "Qur’anic Reading of the Psalms"
- J. Decharneux, "Creation and Contemplation. The cosmology of the qur'ān and its late antique background".

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