Maestro (Al-Kalam.fr)
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@OrpheeDuNeoulf

18 تغريدة 27 قراءة Jul 29, 2023
#Thread 🧵: la question du vin dans le Coran.
Analyse des contradictions et origines de l'interdit coranique.⬇️
Plusieurs versets coraniques parlent du vin, et ce de façon contradictoire.
Dans un premier verset, le Coran dit: "des fruits des palmiers et des vignes, vous tirez une boisson enivrante et un aliment excellent. Il y a là un signe (âya) pour les gens qui pensent" (16:67).
Comme on le voit, ici le vin est non seulement un "aliment excellent", mais aussi un signe divin !
Un autre verset établit une règle de bon sens interdisant la prière en état d'ivresse: "O vous qui croyez, n’accomplissez pas la prière alors que vous êtes ivres" (4:43).
Les choses se compliquent avec le verset 2:219 qui dit au sujet du vin: “il s’y trouve à la fois un grand péché et des choses profitables pour les gens mais le péché l’emporte sur le profit”.
Ici, l'auteur tient une position d'équilibriste mais n'interdit pas totalement le vin.
Le verset 5:90 vient clore la discussion:
"O vous qui croyez, le vin, le maysir (= un jeu de hasard), les bétyles (= les pierres sacrées) et les flèches divinatoires ne sont que des abominations, œuvres de Satan ; évitez cela, vous serez peut-être gagnants".
Comme on le voit, le vin, qui était un signe divin, devient tout à coup l’œuvre du diable.
Pourtant, un autre verset affirme qu'au Paradis, il y aura des rivières de vin pour les élus (47:15).
Ce passage s'inspire d'ailleurs des "Hymnes sur le Paradis" d'Ephrem de Nisibe.
Plusieurs questions se posent :
Comment l’œuvre de Satan peut-elle se retrouver au paradis ? Le diable s’est-il rendu là-bas pour l’y introduire ? Et comment une chose promise au paradis peut-elle être perçue aussi négativement ici-bas ?
Il est difficile d’attribuer à Muhammad l’ensemble de ces versets aussi contradictoires : comment aurait-il pu conserver la confiance des siens et sa crédibilité en changeant constamment d’avis sur une question qui était manifestement importante au sein de sa communauté ?
En vérité, comme le précise Gabriel S. Reynolds, l'hypothèse la plus probable est que ces versets proviennent de différents auteurs, qui avaient chacun une opinion différente sur la question.
On va maintenant chercher à comprendre d'où provient l'opinion de l'auteur du verset 5:90 selon laquelle le vin est l’œuvre du diable.
A première vue, une telle opinion est surprenante quand on sait que le vin est utilisé par les juifs et les chrétiens lors de leurs cérémonies.
Cependant, certains courants avant l'islam bannissaient déjà le vin.
L'Apôtre Paul recommandait aux Romains de "ne pas boire de vin" (Rom. 14:21). Cet enseignement a été repris par plusieurs courants chrétiens et judéo-chrétiens comme les ébionites et les elkasaites.
C'est aussi le cas des encratites, les adeptes d'une secte chrétienne qui pratiquaient une forme extrême d'ascèse.
Dans son Panarion, Epiphane de Salamine nous en fait la description. Il écrit notamment qu'ils ne boivent pas de vin car ils "affirment qu’il provient du diable".
On sait également que les manichéens ne buvaient pas de vin non plus car ils le voyaient comme la "bile du Prince des Ténèbres".
Dans un cas comme dans l'autre, on remarque une forte ressemblance avec ce que dit le Coran au sujet du vin.
Holger Zellentin fait quant à lui le rapprochement entre le Coran et les "Homélies Pseudo-Clémentines", un texte judéo-chrétien du 5e siècle.
Ce texte interdit la consommation du vin pour le motif suivant: les démons raffolent du vin (et des nourritures impures en général).
Or, comme les démons sont des êtres spirituels, ils ne peuvent ni boire ni manger. Pour arriver à leurs fins, ils doivent donc posséder des êtres humains et boire à travers eux.
La meilleure façon de se protéger des démons est donc de se tenir éloigné du vin.
L'auteur du verset coranique comparant le vin à l’œuvre du diable a donc très certainement été influencé par ces diverses conceptions.
Il est même probable qu'il ait baigné dans un milieu où ces idées étaient répandues avant de rejoindre le mouvement coranique.
L'historien Karl-Friedrich Pohlmann a d'ailleurs bien souligné le rôle des scribes en provenance de milieux chrétiens (et juifs) dans la composition du texte coranique après la mort de Muhammad.
Sources:
- S. Lieu, "Manicheism in the Later Roman Empire and Medieval China"
- Jason D. BeDuhn et al. "Manicheism and Early Christianity"
- G. Reynolds, "Commentaire de la sourate 5", CdH
- H. Zellentin, "The Qur’an’s Legal Milieu"
- K.-F. Pohlmann, "Die Ensthehung der Korans"

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